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De la grouillante Téhéran à Yazd, l’une des plus vieilles cités du monde, nos regards ont croisé les fines mosaïques d’Ispahan, des villages de montagne et des oasis. Nous avons encore du temps à passer en Iran, mais notre esprit se tourne déjà avec inquiétude vers le Pakistan et les attentats de karachi…
Téhéran
Après les récents évènements survenus au Pakistan, nous voulions obtenir notre visa indien non pas à Islamabad comme nous l’avions prévu mais à Téhéran. Nous y passerons 4 jours dans les méandres de l’administration et du bon sens… Tout d’abord nous faisons proroger notre visa iranien. Cette démarche qui habituellement prend quelques jours, sera réglée en une heure ! Le gradé responsable des visas prend Christophe en amitié, lui offre des gâteaux et met notre dossier en haut de la pile. Résultat : un mois de plus ! Nous qui nous attendions à discuter âprement 10 jours de supplément… C’est donc confiants que nous envisageons la suite des évènements : l’obtention du visa indien.
L’ambassade de l’Inde est prise d’assaut. Nous rencontrons Christophe qui voyage en camping-car avec Thérèse et leurs 3 enfants. Ils ont organisé un convoi qui part dans quelques jours avec d’autres voyageurs motorisés pour traverser le Balouchistan iranien et pakistanais. Il nous apprend que les voyageurs individuels sont obligatoirement escortés par la police dans cette zone. Ne pouvant pas pédaler avec un policier sur le porte bagage, nous décidons de prendre un bus pour ce trajet. Au milieu du vacarme et de la bousculade nous mettons la main sur deux formulaires et comprenons une chose : il nous faut une lettre de recommandation de l’ambassade de France.
Vu la situation au Pakistan et étant les heureux détenteurs d’un visa pakistanais l’ambassade nous refuse cette lettre à moins d’avoir la preuve que nous irons directement en Inde par avion ou par bateau… Afin de payer les fameux billets et comme nous ne pouvons pas nous servir de nos cartes bleues en Iran, nous nous faisons faire un virement à l’ambassade de France : 2 jours d’attente. Pendant ce temps nous cherchons des billets qui sont, soit trop chers, soit en aller-retour ; les bateaux sont inexistants… De guerre lasse nous décidons de faire nos visas au Pakistan. Le comble c’est que ce soit le plus simple !
Téhéran -> Qom
Téhéran est une ville immense absolument pas faite pour la marche ; elle est surtout sur-polluée En fin de journée nos yeux brûlent et nos poumons cherchent l’air. Cette situation est surtout due à la présence de nombreuses Paykan (voiture de marque iranienne) de conception très polluante. Nous quittons cette ville et son flot de circulation ahurissante.
Peu à peu, la situation se calme pour ne laisser place qu’aux camions. Nous nous dirigeons vers Qom, l’une des villes les plus conservatrices du pays et berceau de l’Imam Khomeini. Nous plantons la tente en bord de route et tentons tant bien que mal de fermer un œil à l’aide de nos boules quies.
La route est fatigante, désertique. Nous longeons le Dasht-e kavir (désert de Kavir), la végétation disparaît pour laisser place à la poussière. Peu avant Qom, nous sommes pris en chasse par des motards qui s’amusent à nous faire peur et frappent Chris à plusieurs reprises. Nous finissons par lever la main pour arrêter une camionnette afin de leur échapper. Nous rejoignons l’autoroute plus sûre tant d’un point de vue de la circulation que des motards. Bien qu’elle soit interdite aux vélos (et aux charrettes à chevaux…) on nous laisse passer avec un sourire sans payer…
Kashan -> Abyhane
Le lendemain nous arrivons à Kashan, la première cité du désert que nous croisons. Sur les toits du Bazar nous apercevons des « Badgirs » (tours à vents), signe de la sécheresse du climat.
Le badgir est un système de climatisation naturelle qui capture le vent pour l’amener sous forme de courant d’air dans la maison. Les toits, les murs des maisons anciennes sont recouverts d’un mélange de boue et de paille, matériau très isolant quand ont sait qu’il peut faire aussi bien –10°C que 50°C ! Au regard cela donne un effet lisse, doux et rond. Tous les bruns se confondent, nos yeux s’y perdent.
les photos
Teheran -> Kashan
Kashan -> Abyhane
Ispahan
Yazd -> Garmeh

Echos DD
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Il existe un village dans les montagnes, où ne circule aucune voiture, où le rouge domine des sols aux murs, où les pommes sèchent sur les toits plats et qu’un torrent traverse : Abyhane. Après le désert l’air frais, presque froid des ruelles nous apaise. Le costume traditionnel des femmes est lui aussi plus rieur : jupe bouffante et voile blanc fleuri. A la cime d’une crête nous nous offrons un bol de silence.
Ispahan
Le long du Dasht-e kavir les routes sont éprouvantes et nous arrivons à Ispahan avec plaisir. Il nous semble que cette ville est encore plus mouvementée que Téhéran. Elle compte parmi les plus belles villes du monde islamique. Ses mosquées bien qu’imposantes par leur taille arrivent, avec une profusion de fines arabesques, à être parfaitement aériennes. La rivière Zayandeh bordée de jardin la traverse, permettant aux iraniens de se laisser aller à leur goût prononcé pour le pique-nique. Les maisons de thé ont fait la réputation d’Ispahan ; on y fumait le Qalyan (pipe à eau). Depuis l’interdiction de fumer dans les lieux publics en Iran, elles furent fermées. Pourtant à Tabriz et Téhéran ces lieux existent encore… Mystère.

Un soir, dans les ruelles de la vieille ville, nous passons une porte blanche ; derrière, des murs couverts de photos jusqu’au plafond, noires et blanches pour la plupart. Des hommes torses nus posent vêtus de short en cuir ouvragés en bombant le torse. Ici ont peut voir et entendre du Sukanyeh : un sport mêlant tour de force, musique et spiritualité. Au centre de l’arène centrale en contrebat les athlètes s’exercent, tout se mêle, flûtes et tambours, lancées de massues, louanges à Mohamed et poèmes d’Hafez (poète Iranien du 14e).
Yazd -> Garmeh
Yazd est une forêt de Badgirs au milieu du désert, mais nous y restons peu de temps, notre véritable but est une oasis : Garmeh. Un sac sur le dos et nous partons en stop au petit matin. La route toute droite qui s’enfonce dans le désert fait un peu peur ; on imagine le sentiment des caravaniers s’enfonçant dans cette fournaise pelée pour des mois. C‘est un endroit qui force le respect et vous rempli de sérénité.
Le premier camion qui nous prendra est conduit par des fumeurs d’opium. Leurs yeux brillants en disent long. En milieu de parcours le chauffeur sort une bouteille de gaz, une pipe et une boulette d’opium. Il baille aussitôt et s’endort. Nous ne sommes pas trop surpris, en effet les chiffres annoncent 30% de consommateurs en Iran. Vu les peines encourues, nous ne sommes pas fâchés de les quitter et de continuer la route dans un autre camion… Nous croisons des réservoirs d’eau sur le chemin, mais aussi… des troupeaux de chameaux ! Les panneaux triangulaires « attention chameaux » n’ont pas mentis ! Nous les voyons se déplacer naturellement en caravane.
Enfin Garmeh. Une oasis comme on en rêve. Une tache de vert dans le désert, des dattes à profusion sous les palmes, le petit clapotis de l’eau dans les canaux, quelques chameaux. Un silence et une paix absolue. Le coucher du soleil nous accueille. Nous y passerons trois jours idylliques, mais ces trois jours-ci sont à nous…
Nous voici de retour à Ispahan. Depuis, l’état d’urgence a été déclaré au Pakistan. Devant nous, les mêmes questionnements… Traverser en train le pays ou prendre l’avion…
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