Rue Surcouf, rue Suffren, rue Laporte, rue Dumas… Paris ? Non, Pondichéry, Inde. Une ville avec son quartier colonial français ombragé de manguiers, avec ses cafés et son quartier indien aux rues défoncées, parsemées d’échoppes de nouilles ; le tout au bord de la baie du Bengale…
Pondichéry
Quelle drôle d’impression de parler français dans la rue avec les indiens. Nous articulons exagérément nos mots, comme en anglais. Mais c’est inutile ! Notre accent français étant évidemment bien meilleur et le leur irréprochable… Nous déambulons entre les rues aux façades colorées et la promenade de bord de mer où il est si agréable de se promener vu que le trafic y est restreint. Entre deux orages de mousson, nous faisons le tour des librairies et des boulangeries en attendant la fin du week-end et l’ouverture de la mairie en charge du projet de tri des déchets « Diamant Vert ». Nous apercevons d’ailleurs en fin d’après-midi l’équipe de femmes nettoyer les rues du quartier français. Elles amèneront ensuite les déchets organiques près du nouveau phare pour en faire du composte qu’elles revendront aux agriculteurs de la région.
Malgré la pluie, la chaleur s’incruste jusque dans nos corps. Nos pieds sont si gonflés que nos orteils ne touchent plus le sol… Dans les cafés, Auroville la ville utopique-communautaire-écologique est de toutes les conversations. Située à 20 km de là, ce projet à été créé en 1968 (et oui…) dans un esprit de liberté et d’unité internationale. Elle comprend aujourd’hui plus de 1700 résidents et 35 nationalités différentes. Panneaux et fours solaires, protection des nappes phréatiques, reforestation et soutien à la population locale sont quelques-unes unes des bonnes idées mises en place par la communauté. Elle fournit aussi Pondichéry en fromage biologique. On y trouve toutes les variétés européennes contenues dans un emballage biodégradable ! Auroville reste cependant controversée, ses habitants étant sélectionnés minutieusement et se targuant souvent d’avoir la « bonne » façon de vivre...

Après 4 mois en Inde, c’est particulièrement ici que nous avons été le plus choqué par la pauvreté et les écarts de niveau de vie. Des familles de Dhalit entière s’entassent sous les préaux et les trottoirs. Pilles de cartons, ustensiles de cuisine, chaussures orphelines, chiffons… Toute une vie à même le sol.
La responsable du projet « Diamant Vert » étant absente et les fonctionnaires de la municipalité peu coopératifs, nous changeons notre fusil d’épaule pour nous concentrer sur l’association VOLONTARIAT s’efforçant de résoudre les problèmes des plus pauvres parmi les plus pauvres : Les femmes, les enfants, les personnes âgées et les lépreux.
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En passant la porte nous ne nous imaginions pas ce que nous allions trouver… Parrainage des enfants défavorisés ou des rues, soutien scolaire, formation adaptées aux réalités du travail en Inde, repas quotidiens, ferme biologique, soins gratuits, maisons de retraites, entreprise de filage, tissage et broderie pour les lépreux et les femmes battues ou divorcées, commerce équitable, production de spiruline… Le tout dans une démarche globale. Et surtout, surtout, des sourires. Comment ceux qui n’ont rien peuvent-ils tant sourires ? Peut-être de la même façon que nous, qui avons tout, avions les larmes aux yeux. (cf. l’article : Une vie pour les autres).

Madras -> Calcutta -> Siliguri -> Gangtok
Les évènements récents à Lhassa précipite un peu notre programme. La délivrance des permis nécessaires pour rentrer au Tibet étant suspendus et les étrangers reconduits à la frontière, nous ne pourrons passer par le Népal et la Chine pour rejoindre l’Asie du Sud-Est. Mais il nous reste encore une chance d'admirer de près l’Himalaya : la région du Sikkim. Une poche coincée entre le Népal à l’Ouest, le Tibet au Nord et le Bhoutan à l’Est. C’est donc une remontée forcée que nous effectuons en 5 jours, dormant dans les trains et les bus. Les 28 h de train de Madras à Calcutta seront épiques et éprouvants. Des gamins rampant essuient le planché des wagons avec leur chemise pour quelques roupies, les voisins nous offrent du thé, les travestis nous jettent des mauvais sorts lorsqu’ils n’ont pas l’aumône demandée, la famille d’en face mange du riz soufflé arrosé de sauce, les cafards grimpent le long des murs et la nuit un rat nous attaque, le matin nous nous réveillons aux chants des vendeurs de thé : « Tchai, Tchai, Nescafe ! », partout on déplit les banquettes et la journée recommence…
Calcutta, la capitale culturelle de l’Inde, est loin des clichés véhiculés par les médias occidentaux (qui ont surtout retenu la misère et Mère Térésa). Même si la pauvreté est un fait indiscutable de Calcutta, elle est ici surtout connue pour ses poètes, musiciens, artistes, écrivains, musées, théâtres, librairies… Nous y resterons deux jours, engloutis par une foule pressée, cherchant l’air.
Encore une nuit dans un bus, emboutis par un camionneur ivre, qui se fera tabasser par les passagers, pour parvenir à Siliguri dans l’Est-Bengale, puis une journée d’efforts et nous voici à Gangtok, capitale du Sikkim. Faciès tibétains, drapeaux de prières claquants au vent et délice de l’air glacial…
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