Grandes avenues aérées, palmiers ondulants sur les quais bordant les affluents du Mékong, architecture coloniale française, mendicité enfantine, marchés grouillants, caniveaux débordants devant les cafés chics… A Phnom Penh, comme dans beaucoup de capitale, la misère la plus extrême côtoie le luxe le plus insolant. 30 années de guerres civiles, associées au régime Khmer Rouge, l’un des plus destructeur ayant existés, ont laissé de profondes cicatrices dans l’économie et les mentalités cambodgiennes.
Phnom Penh

Nous passons notre semaine à Phnom Penh à essayer de comprendre un peu mieux ce pays, entre passé prestigieux et présent tragique. Nous avons beaucoup lu, vadrouillé et surtout observé… Du Musée National du Cambodge avec la plus belle collection au monde de sculptures Khmères, mettant en avant les racines culturelles indiennes de la population (religion, art, écriture), à la Prison de Haute Sécurité S21, le plus grand centre de détention et de torture du pays installé dans un ancien lycée. L’aspect banal du lieu rend encore plus inconcevable les massacres perpétrés ici. Cellules improvisées en briques, lits rouillés, engins de torture, barbelés empêchant les suicides… Nous découvrons la face la plus terrifiante de l’humanité : l’épuration ethnique, sociale et politique.

Nos vélos nous mènent aux ruelles des fabriques de Bouddhas de Prayuvong, où des dizaines d’ouvriers et leurs familles s’activent à regarnir de sculptures et de bas-reliefs en ciment, les nombreux temples dégradés par les Khmers Rouges. Plus loin, installé sur la seule colline de la ville (27 m, c’est dire comme c’est plat), les Phnom Penhois reviennent prier pour leur réussite aux examens ou en affaire au temple de Vat Phnom.

Nous sommes ici au royaume des contrefaçons. Depuis le début de notre voyage les copies hantent les rues, mais là… Par exemple la quasi-totalité des livres vendus dans le Musée National sont des copies, les mêmes que ceux vendus dans la rue par les enfants ( ???!). Plus courant mais vraiment impressionnant de diversité sur les marchés cambodgiens : les montagnes (sans exagération) de DVD piraté. Des films anthologiques ou récents dans toutes les langues, aux derniers logiciels (nous avons même vu un Adobe Acrobat 2009…), les copies et les copieurs sont loin de se cacher. Et ils ne sont pas les seuls…
↑ Haut de page
|
Au Cambodge, la corruption est omniprésente. Privatisation du patrimoine culturel (Angkor appartient à une compagnie pétrolière asiatique, Sokimex), déforestation illégale alimentant le budget opaque de l’armée, 4x4 de luxe personnel des fonctionnaires du gouvernement que nous voyons défilés dans les rues. Il n’y a rien de plus révoltant que le pillage d’un pays par ses instances dirigeantes !
Mais ce comportement n’est pas l’apanage des cambodgiens. Le Cambodge est le pays où les ONG sont les plus présentes. L’aide étrangère coule à flot. Bien que les petites ONG ont, de fait, participé activement à la reconstruction du pays, certains fonctionnaires des grandes organisations mènent la grande vie : salaires élevés, maisons de luxe et 4x4 dernierscris. Phnom Penh est truffé de restaurants, galeries et bars branchés dédiés à cette clientèle de volontaires venus du monde entier. On reste songeur en pensant ce qu’il pourrait être fait au profit des plus démunis avec cet argent…
En savoir plus les ONG occidentales au Cambodge - La réalité derrière le mythe , de Sabine Trannin.
Quelques bonnes choses pourtant, nous avons pu voir un nombre important de restaurants gérés par des associations. La totalité de leurs bénéfices les aident à financer leurs programmes sociaux au Cambodge. Une façon pour nous de participer à la reconstruction du pays et à la formation du personnel (cf. Brève Durable : Friends et ChildSafe, casser l’image de la pitié et de la charité - à venir).
Nous pourrions passer beaucoup de temps à dénombrer les maux du Cambodge. Mais si ses dirigeants ont trahi avec constance et sans réserve l’avenir de leur concitoyen, pour leurs profits immédiats, la plupart des cambodgiens travaillent durs et sont honnêtes. Pour les aider à relever la tête, beaucoup d’initiatives existent. Nous sommes d’ailleurs en route pour rencontrer OSMOSE, qui mêle une politique sociale, environnementale et économique sur le lac Tonlé Sap, « le cœur du Cambodge ».
Nous partons donc vers Siem Reap dans l’intention de visiter Angkor. Un doute nous assaille… Vu que seul 10% du prix du billet est consacré à l’entretient du site, que 15% sont reversés à la compagnie pétrolière Sokimex et que 75% partent directement dans les caisses de l’état, nous n’avons pas encore réellement pris notre décision…
En savoir plus
• Quelques-unes de nos lectures
- Cambodge, année zéro,
François Ponchaud (Kailash 1998)
- D’abord, ils ont tué mon père
Loung Ung (Plon 2002)
- S21 ou le crime impunis
des Khmers Rouges
David Chandler (Autrement 1999)
Les photos
|